Transfermiens (up)
Un des grands mérites de Mendéléiev aura été de sortir définitivement la chimie de l'impasse philosophique où l'avait menée l'alchimie. Grâce à sa classification bien connue, on a pu séparer définitivement la matière en éléments distincts, eux-mêmes classés en familles et périodes,
aux propriétés physico-chimiques similaires.
Son plus grand succès scientifique est venu du fait qu'il a prédit l'existence d'éléments inconnus à son époque mais découverts depuis lors. En 1869, on ne connaissait en fait que 63 éléments. A ce jour, 109 éléments ont reçu un nom officiel, 112 éléments et plus de 2500 isotopes
sont connus. Comme vous le constatez, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts et dans les laboratoires. Les gaz rares, les terres rares (lanthanides et actinides), les éléments radioactifs, les isotopes sont venus élargir le tableau de famille déjà très touffu.
A chaque nouvelle découverte, s'est posé le problème du nom qu'on allait donner à l'élément. Ainsi la Mythologie (tantale, mercure, uranium...), la géographie (cuivre, francium, europium, californium...), la couleur de l'élément
(chrome, rubidium, ruthénium...), le nom de son découvreur, sont autant de mines inépuisables pour nommer un élément.
Il est alors intéressant de voir les correspondances éventuelles entre le nom et l'époque à laquelle a été découvert le nouvel élément. Il est presque toujours le reflet de la science, des savants et des évènements qui marquaient le temps de son baptême. Mieux encore : rancoeurs,
nationalismes, guerres... transparaissent également dans l'étymologie !
Les anecdotes ne manquent pas à ce sujet mais je ne vous en raconterai que deux.
Entente franco-allemande
La case laissée vide par Mendéléiev sous l'aluminium est remplie seulement six ans plus tard par un chimiste français au doux nom de Lecoq de Boisbaudran, qui baptise le fruit de sa recherche du nom de gallium (coq se dit gallus en latin). Dix ans et une guerre plus
tard, c'est un allemand qui isole le voisin du gallium dans la classification (dont l'existence avait également été prévue par Mendéléiev). Winkler, c'était son nom, pour s'opposer à ce qu'il croyait être du nationalisme, nomme sa découverte germanium, en l'honneur de sa patrie.
Encore un qui n'avait rien compris.
Entente américano-soviétique
La guerre froide a bien évidemment laissé sa trace dans la table. Les transfermiens, c'est à dire les éléments situés au-delà du fermium (Z=100) et que les chimistes (en fait les Américains, les Russes et les Allemands) ont commencé à synthétiser après la seconde Guerre
Mondiale, ont en effet une histoire particulièrement mouvementée pour ce qui est de leur paternité et donc de leur étymologie.
Pendant vingt-cinq ans, les Russes et les Américains se sont contesté l'antériorité de leurs découvertes, chacun se donnant le droit de nommer sa découverte comme il l'entendait. Les soviétiques appelaient l'élément 104 Kurtchatovium (Ku) et l'élément 105 Nielsbohrium (Ns), alors que
les américains les nommaient respectivement Rutherfordium (Rf) et Hahnium (Ha). Que de tergiversations pour si peu, me direz-vous... Ces combats de clochers paraissent encore plus ridicules lorsqu'on sait que la durée de vie des transfermiens est au mieux de quelques millisecondes et
qu'on en fabrique qu'un atome à la fois !
De toute façon, ques millisecondes et qu'on en fabrique qu'un atome à la fois ! De toute façon, vous n'êtes pas près de voir une bague en Unununium (pourtant de la même famille que l'or) !!!
Je vous rapporte ici l'état actuel des choses, c'est à dire la nomenclature adoptée par l'IUPAC (International Union of Pure and Applied Chemistry) lors de son dernier congrès le 30 août 1997, qui règle définitivement (on l'espère) le problèmes
des transfermiens. Cet organisme fait en effet référence en matière de normalisation en chimie dans le monde depuis presque un siècle.
Je vous indique pour chaque élément, son numéro atomique, sa structure électronique, son symbole et l'année de sa découverte.